Les Canadiens achètent de plus en plus de maisons aux É.-U.
Achat

Des acheteurs canadiens investissent aux États-Unis

Plus grand-chose ne surprend Barbara Watt après une trentaine d’années de métier dans le domaine immobilier en Floride. Mais la fondatrice et propriétaire de Century 21 Sunbelt Realty avoue qu’elle a remarqué une tendance inhabituelle récemment. «Nous avons récemment eu la chance de faire affaire avec un gentleman canadien qui a tellement aimé le prix que nous lui avons obtenu que dans les deux semaines suivantes, il nous a recommandé deux autres clients», explique-t-elle. «Boum, boum, boum, un après l’autre. C’était très plaisant!» Ce qu’elle a trouvé inhabituel, c’est que ce genre d’achats groupé par référence est très commun chez les acheteurs canadiens, et elle n’est pas la seule à l’avoir remarqué.

La force du huard et les prix exceptionnellement bas sur le marché immobilier américain sont de puissants incitatifs à l’achat d’une maison au sud de la frontière pour bien des Canadiens. «Les acheteurs canadiens s’activent sur le marché immobilier américain depuis que celui-ci s’est effondré, et maintenant que le dollar est fort, nous voyons non seulement plus de clients, mais aussi des transactions beaucoup plus importantes», explique Shlomi Steve Levy, partenaire chez Altro & Associates, une firme d’avocats qui se spécialise dans la planification fiscale et immobilière transfrontalière.

«Les gens qui d’habitude faisaient l’acquisition d’appartements en multipropriété ou de condos s’aventurent désormais vers des propriétés plus imposantes. Nous le constatons quotidiennement.»

Selon un sondage mené par «National Association of Realtors» en septembre dernier, les Canadiens se classaient premiers parmi les acheteurs étrangers d’immobilier aux États-Unis de 2008 à 2009. En tout, il y a eu environ 154 000 transactions impliquant des acheteurs étrangers, et 17,6 % d’entre eux étaient des acheteurs canadiens. Et ces données ne reflètent que l’opportunité que représentait l’effondrement du marché immobilier américain; le dollar canadien n’avait pas encore commencé à prendre la valeur qu’on lui connaît aujourd’hui.

Aucune donnée plus récente n’est disponible.

Pour la première fois depuis juillet 2008, le huard a atteint la parité avec le «greenback» américain. La tourmente dans laquelle est plongée la Grèce a cependant fait perdre un peu de force à notre dollar. Mais les économistes croient qu’il demeurera tout près de la parité à long terme, car l’économie du pays et les finances publiques sont parmi les plus fortes du monde développé. «Beaucoup de gens en parlent et se renseignent, dans mon entourage», confie John Hogarth, gestionnaire sénior chez ScotiaMcLeod. «La force du huard leur donne le courage de faire le saut.»

Kristofer Hansen de XB Realty abonde dans le même sens. «C’est le moment idéal pour les Canadiens, avec ce marché immobilier en détresse, la force du dollar et une économie canadienne en pleine santé», écrivait-il dans un courriel.

Watt explique que des maisons qui se vendaient autour de 1,5 million $ il y a quelques années peuvent en ce moment s’acheter pour à peine 800 000 $ ou 900 000 $. Selon Levy, les acheteurs qui s’achetaient un appartement en multipropriété peuvent désormais s’acheter un condo pour le même prix, mais pas directement sur la côte, néanmoins.

La plupart des acquisitions sont en Floride, et les acheteurs sont principalement du Québec et de l’est du Canada expliquent les experts. Les acheteurs de l’Ouest sont quant à eux plutôt tentés par la Californie ou l’Arizona.

Watt prévient toutefois que la fenêtre d’opportunité risque de se refermer bientôt en ce qui concerne la Floride. Selon elle, le marché montre des signes encourageants de reprise. «C’est réellement excitant de voir le marché se rétablir», confie-t-elle. «On a encore du chemin à faire en matière de dollars, mais matière d’unités vendues, ça y est presque. Le vent tourne.»

L’indice Pending Home Sales (maisons sur le point d’être vendues) de la Nationale Association of Realtors a augmenté de 5,3 % de février à mars, passant de 97,7 à 102,9. Un autre récent sondage indiquait que 25 % des agents immobiliers croient que le marché reprend de la force et se rétablira au cours des deux prochaines années.

M. Hogarth de la Scotiabank soulève pour sa part d’autres aspects auxquels les acheteurs canadiens doivent penser avant de faire l’acquisition d’une propriété aux États-Unis; le régime fiscal américain est très différent de celui du Canada, surtout lorsqu’il est question des impôts sur les dons et des droits de succession, et les changements proposés par l’administration Obama ne simplifieront pas les choses.

«Tout le monde devrait consulter un expert-comptable avant de faire une acquisition aux États-Unis», conseille-t-il. «Il pourra vous aider à structurer votre achat de façon à ce qu’il résiste au passage du temps.»

Par Sharon Singleton Argent 10 mai 2010

 

 



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